Eglise Saint Vincent de Paul

Histoire de Saint Vincent de Paul à Sevran

L’abbé Lebeuf signale la mention de ROUGEMONT dans un cartulaire de l’abbaye de Livry au XIII° siècle : l’abbaye de Livry acheta à Philippe de Fontenay, chevalier, 5 arpents de terre labourables proche le bois de Rougemont.

En 1632, Adrien Le Bon, prieur de Saint-Lazare à Paris, avait la jouissance  viagère de la ferme de Rougemont à Sevran avec ses labours et ses bois.

Sevran vers 1780

Saint Vincent de Paul, fondateur des Prêtres de la Mission et des Filles de la Charité, doit former des missionnaires dont l’objet est d’assurer l’assistance aux plus démunis. Dès 1625, 45.000 livres furent données à la Congrégation par les Gondi, somme considérable qui permettait à Vincent de Paul d’investir dans l’immobilier afin d’assurer un revenu aux religieux.

L’union du prieuré Saint-Lazare (avec ses bâtiments et son patrimoine) à la Congrégation va assurer à Vincent de Paul des revenus conséquents et lui permettre d’avoir une politique foncière. Cette union lui permet de disposer entre autres, de deux fermes, chacune d’une centaine d’arpents, à Gonesse et au Bourget. 

La chapelle Saint Vincent de Paul à Sevran

Vincent de Paul le 1 mars 1652

« Pour nouvelles, tout est ici à l’ordinaire. Notre pauvreté augmente avec les misères publiques. Les troubles qui les causent nous ont ôté tout d’un coup 22 ou 23 mille livres de rente ; car, outre la privation des aides, les coches ne vont plus. Une des choses qui nous pourra aider pour avoir du pain l’année prochaine est la ferme de Rougemont, que nous faisons par nos mains, avec celle d’Orsigny, si Dieu les garantit de dégât et de pillage et que les fruits répondent aux belles apparences. La main de Dieu est toujours ouverte pour ceux qui la réclament, et abondante à ceux qui n’espèrent qu’en sa bonté. »

Adrien Le Bon, homme généreux et de bon conseil pour Vincent de Paul, abandonne la ferme à la Congrégation en février 1645. Les lazaristes ont eu une politique foncière de regroupement de terres pour les mettre en valeur et mieux les exploiter.

Fils de paysan tenancier, Vincent de Paul va gérer au mieux ses biens fonciers. Sa préférence allait à l’exploitation par faire-valoir direct assurée par les frères de la Congrégation, qui avec les domestiques, nourrissaient les troupeaux et animaux de la ferme et labouraient. La ferme de Rougemont fut exploitée ainsi, mais pas de manière constante. La gestion directe était utilisée entre le départ d’un fermier et la passation d’un nouveau bail. Comme nombre de propriétaires de l’Île-de-France, Vincent de Paul afferma à temps fixe contre un loyer. Dans ce cas, il fut extrêmement rigoureux dans la rédaction des baux; mais il accorda souvent des facilités au fermier pour son installation, lui avançant des grains pour les semailles, et parfois un troupeau d’ovins et quelques vaches. Le remboursement se faisait sur la durée du bail. Il était prévu dans l’acte le logement pour les lazaristes qui se déplaçaient pour visiter leurs terres.

La congrégation de Saint-Lazare était exempte de taille sur ses terres gérées directement, mais ses terres affermées étaient assujetties à l’impôt. Or, le monde rural était en crise au XVII° siècle à cause d’une fiscalité plus lourde (Richelieu, puis Mazarin) dès 1630; s’y ajoutèrent les effets de la Fronde des Princes de 1652 qui ruina nombre de fermiers en Île-de-France. Vincent de Paul dut à plusieurs reprises baisser les loyers, les fermiers étaient trop endettés.

D’après Jean Astruc, en février 1667, les frères de Saint-Lazare avaient deux charrues à Rougemont sans avoir à payer la taille. Ils affermèrent leurs terres de Rougemont et cessèrent de jouir du privilège qui leur était accordé lorsqu’ils les faisaient valoir par leurs mains; mais leurs fermiers ayant été surchargés de tailles par les habitants et s’étant vus hors d’état de payer le prix de leur ferme, ils ont été forcés de prendre leur part de la faire valoir par leurs mains. Défense sera faite aux habitants de la dite paroisse de Sevran de les comprendre dans leurs rôles tant qu’ils la feront valoir par leurs mains.

Rougemont fut vendu comme bien national en août 1793. A la maison d’habitation avec cuisine, salle, cabinets, six chambres, une petite chapelle et une cave, étaient adjoints des bâtiments pour l’exploitation. Dont deux écuries, une grange à avoine, une vacherie, une bergerie, une grange à blé, remise, poulailler et une porcherie; au total 110 arpents dont 20 arpents de pré.